4.6 Le Petit Age Glaciaire et le réchauffement récent du climat

Entre le début du XIVᵉ siècle et la fin du XIXᵉ siècle, le climat atlantique nord connaît un brusque refroidissement. En Europe, ce refroidissement s'étend entre 1350 et 1850 après J.-C. La plupart des glaciers alpins entrent en crue. Cette période, appelée rétrospectivement Petit Age Glaciaire (PAG) est documentée dans les Alpes du fait des populations lettrées qui s’y étaient établies et qui en ont laissé différents témoignages (peintures, gravures, récits). Depuis la fin du PAG, le climat se réchauffe globalement et les glaciers perdent rapidement du terrain.
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Le Petit Age Glaciaire (PAG) a été caractérisé par la plus importante récurrence glaciaire de l’Holocène, avec trois maxima vers environ 1350, 1600 et 1820/1850 (fig. 1). La baisse de température moyenne de 0,5 °C qui a caractérisé ces cinq siècles à été provoquée par la combinaison d’au moins deux facteurs : des périodes de faible activité solaire, appelées minimum de Spörer (1460-1550), minimum de Maunder (1645-1715) et minimum de Dalton (1790-1820), associées aux paramètres orbitaux identifiés par Milankovitch (fiche glaciers 4.2), accentuées par les conséquences de plusieurs éruptions volcaniques.

La fin du PAG coïncide avec le début des premières mesures continues sur les glaciers. En 1973 un inventaire systématique des glaciers suisses a été réalisé. La découverte principale en a été que la surface englacée des Alpes suisses s’est réduite de 25 % par rapport à 1850, passant de 1730 km² à 1300 km². Un nouvel inventaire a été réalisé pour l’année 2010, basé sur des images aériennes de haute résolution et des systèmes d’information géographique (SIG). Par rapport à 1973, la surface englacée des Alpes suisses est descendue à 944 km². Le retrait des glaciers après le PAG n’a pas été homogène. Les principales périodes avec un bilan de masse négatif dans les Alpes européennes correspondent aux périodes 1900-1910, 1920-1970 et 1980 jusqu’à aujourd’hui. Durant les décennies 1910-1920, et 1970-1980, au contraire, les bilans de masse de la plupart des glaciers ont été positifs. Les variations de bilan de masse ne peuvent pas être mises en relation directes avec les variations de longueur des glaciers. En effet, ces derniers réagissent de manière différente en fonction de leur taille (fiche glaciers 4.7). On peut cependant avancer que les variations de longueur des glaciers de taille moyenne à l’échelle alpine reflètent bien les périodes de bilans de masse positifs e/ou négatifs, comme c’est le cas, par exemple, du glacier du Rhône (fig. 2). Sur ces glaciers, les variations positives ont provoqué le dépôt de petites moraines situées à l’intérieur des moraines holocènes préhistoriques et holocènes historiques (fig. 3).

Les chiffres fournis par le nouvel inventaire montrent une importante accélération de la fonte des glaciers. Entre 1850 et 2010, les Alpes Suisses ont perdu 48 % de leur surface englacée. L’analyse des images aériennes montre que les petits glaciers ont beaucoup souffert du réchauffement du climat des dernières décennies (fig. 5). En 2000, leur fonte représentait 44 % de la perte totale de surface englacée, alors qu’ils ne constituent que 18 % de l’ensemble de la surface des glaciers suisses. Depuis 2001, le bilan de masse moyen dans les Alpes suisses est consentement négatif (fig. 5). L’année 2003 se distingue par un bilan annuel fortement négatif, conséquence d’une canicule estivale particulièrement marquée. La canicule enregistrée en 2018 a eu un effet moindre sur le bilan de masse annuel, grâce à d’importantes précipitations neigeuses durant la saison hivernale (fig. 5).